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GlocalMap – Hiérarchisation, délimitation et identification des échelles territoriales

L’enquête GlocalMap – Hiérarchisation, délimitation et identification des échelles territoriales – a été sélectionnée en 2015 dans le cadre d’un appel à projets de recherche DIME Quanti (panel internet mobile ELIPSS).

En géographie, en économie, en sociologie ou en sciences politiques, la mondialisation est souvent appréhendée comme un processus de redistribution des échelles ou rescaling affectant toutes les dimensions de la vie en société. L’hypothèse d’un court-circuitage généralisé des échelons intermédiaires d’organisation sociale et politique a cependant fait long feu. Ainsi, Brenner (1998) montre que « the state scale is not being eroded, but rearticulated and reterritorialized in relation to both sub- and supra-state scale », tandis que F. Giraud et M. Vanier (2000) développent un « plaidoyer pour une prise en compte de la complexité territoriale » qui ne se réduisent pas à la simple addition hiérarchique d’échelons de gouvernance mais s’inscrive dans une authentique inter-territorialité mettant en jeu des réseaux et des centralités multiples.

Portée par le CIST, elle vise à proposer une première photographie de la situation des perceptions des niveaux territoriaux à l’échelle française. La plupart des études disponibles ne concernent qu’un territoire particulier et une sous-population spécifique, empêchant de ce fait toute validation indiscutable des hypothèses émises sur l’importance respective de la commune, du département, de la région, de l’État, de l’Europe, du Monde dans les pratiques et les représentations de la population d’un pays donné. Ainsi, bien que les différentes théories de la glocalisation et du rescaling invoquent toute à l’appui de leur démonstration les pratiques et perceptions des habitants et acteurs, on dispose à ce jour d’une base empirique finalement très lacunaire sur les modalités d’appréhension des échelons territoriaux par l’ensemble de la population d’un pays, toutes générations, genres et positions sociales et économiques confondues.

Plus qu’un simple inventaire de la représentation des niveaux territoriaux, GlocalMap souhaite tester l’hypothèse d’une compétition voire d’une transition historique entre deux systèmes d’organisation territoriale de la vie en société. D’un côté, le système « État-département-commune », héritier du processus séculaire de formation des États-nations et ayant atteint son gabarit optimal au XIXe siècle. De l’autre, le système « Union européenne-région-intercommunalités-quartiers », qui se développe lentement dans les interstices du précédent tout au long du XXe siècle et émerge comme un concurrent de plus en plus sérieux à la faveur de nombreux facteurs concomitants au cours des années 1980-2010. Ce nouveau système ne serait cependant pas une simple réplique du précédent mais correspondrait à de nouveaux modes d’organisation de la société davantage polycentrique et réticulaire que le précédent, au moins dans un premier temps.
La grande inconnue de cette recherche est la façon dont le niveau mondial se positionne par rapport aux deux systèmes rivaux d’organisation des territoires.

Les questions posées dans le questionnaire devraient permettre de mieux comprendre ce double système et, en particulier, de vérifier l’hypothèse d’une transition dans les représentations entre les générations les plus anciennes (qui ont connu la fin de la période de domination du système État-Département-Commune et ont assisté à toutes les étapes d’élargissement de l’Union Européenne) et les générations plus récentes (qui sont nées avec les lois de décentralisation et ont vécu d’emblée dans une Union Européenne à 15, 25 ou 27). Si les variations des échelles territoriales d’appartenance par génération constituent la cible principale de nos investigations, trois autres dimensions doivent être prises en compte, à la fois pour contrôler les effets ne relevant pas de la génération (biais) mais aussi pour mettre à jour d’autres facteurs de variation dont il faudra apprécier s’ils constituent de simples résidus ou des dimensions réellement indépendantes.
La dimension temporelle, entendu ici au sens transversal concernera au premier chef les effets longitudinaux de génération. Mais, si l’enquête peut être répétée, elle tentera de contrôler aussi des facteurs conjoncturels transversaux susceptibles d’introduire des fluctuations temporaires dans les réponses apportées.
La dimension spatiale permettra d’isoler d’éventuels effets régionaux de localisation suffisamment robustes pour demeurer significatifs toutes choses égales quant aux autres variables (âge, sexe, activité, éducation, …). Mais elle s’intéressera également à l’effet de la position hiérarchique des lieux d’habitats, aussi bien verticalement (rural, villes petites et moyennes, métropole, capitale) qu’horizontalement (localisation centrale, péricentrale ou périurbaine dans une agglomération).
La dimension sociale, sera utilisée de façon symétrique à la dimension spatiale pour isoler des effets spécifiques de genre, religion, CSP, toutes choses égales quant aux variations spatiales et temporelles. Aux formes classiques de capital (revenu, éducation…) nous ajouterons un capital de mobilité grâce au croisement de notre enquête avec l’analyse des mobilités réalisé actuellement par E. Recchi sur le même panel
La dimension politique sera également utilisée comme facteur explicatif, si nous obtenons l’accord d’ELIPSS et du responsable du projet pour croiser nos résultats avec les enquêtes « Dynamiques de Mobilisation » sur les pratiques politiques et électorales des français.

Ce projet propose finalement d’introduire un certain nombre d’innovations dans les modalités d’interrogation (usage de carte) et de vérifier l’existence possible de biais en segmentant le panel en groupe soumis à des variantes différentes d’une même question sur les territoires.