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Pratiques spatiales, collectifs et actions publiques

Cet axe, initié fin 2014, a pour objectif d’étudier les processus de territorialisation à partir d’une réflexion sur les effets des actions individuelles et collectives et de leurs relations avec les recompositions de l’action publique. Il s’agit donc, à partir d’une mise en relation et d’une confrontation des travaux de recherches développées au sein des laboratoires membres, de maintenir au sein du CIST un espace de débat, de réflexion, d’échange et de capitalisation sur ces thématiques.
La réflexion sur les effets spatiaux et territoriaux des actions (individuelles, collectives et publiques) constitue un niveau d’interrogation nécessaire pour la construction de sciences territoriales ancrées au sein des débats les plus contemporains des sciences sociales.

Nous proposons d’organiser les travaux 2019-2023 autour de trois sous-axes : (1) Recomposition des modalités d’actions territoriales ; (2) Rapport(s) au(x) droit(s) et territorialisation, (3) Transitions localisées et dynamiques territoriales ; choisis pour leurs capacités à pouvoir constituer des champs d’interrogation, d’une part des dynamiques territoriales récentes, et d’autre part des modalités d’interactions entre ces trois formes d’action.

1 – Recomposition des modalités d’actions territoriales

La reconfiguration de l’action publique, liée en partie au désengagement des États, la montée en puissance de la décentralisation et l’implication de nouveaux acteurs dans les dispositifs de gouvernance, implique des conceptions renouvelées des modalités d’action dans le champ des politiques publiques. La logique de planification après avoir été supplantée par celle de projet l’est maintenant par celle de coopération, participation et empowerment. Cela induit la mise en œuvre de nouveaux référentiels d’action, de nouvelles formes de gouvernance. Ceux-ci s’inscrivent désormais dans une dynamique politique de promotion du développement des territoires, parfois sur la base d’initiatives locales organisées sous forme de partenariats et encadrées par des procédures de contractualisation avec les échelons supérieurs du système territorial, parfois sous la forme d’une mise en concurrence des différents acteurs à travers différents types d’appels (à manifestation d’intérêt, à projet urbain innovant, etc.) souvent convergents. Dans de telles logiques, la mobilisation d’un réseau d’acteurs devient essentielle, si ce n’est primordiale, dans l’efficacité de la mise en œuvre de l’action publique.

L’objectif de ce sous-axe est d’interroger la question du développement territorial non pas comme un moyen de résoudre un problème posé à une communauté mais plutôt comme la capacité des territoires à reconnaître, enclencher et soutenir la mobilisation sociale garante de la réussite de l’action collective à laquelle l’action publique doit s’adapter, et ce dans des configurations socio-spatiales différentes (métropoles, territoires ruraux, espaces périurbains) qu’il s’agira de comparer.

2 – Rapport(s) au(x) droit(s) et territorialisation

Il s’agit ici d’interroger la place du droit, des relations au droit, de l’actualisation localisée des normes d’action dans les processus de territorialisation. L’enjeu est d’ouvrir un espace de débat pluridisciplinaire permettant d’élargir les laboratoires et chercheur.e.s participants – du côté du droit, de la sociologie et de l’anthropologie du droit, de la science politique – en complexifiant l’analyse de la mise en œuvre du droit et de ses effets pour l’action individuelle, l’action collective et l’action publique. Non seulement le droit détermine des catégories d’usages et des formes d’action dans le cadre de processus de qualifications juridiques de l’espace, mais le cadre juridique attribue aussi des identités d’action et des ressources aux différents acteurs. Par ailleurs, il est nécessaire de prendre en compte sa dimension cognitive.

Trois questionnements principaux peuvent être identifiés :
(1) Quel rôle exercent les tendances à la judiciarisation des conflits de proximité doublée de demandes de juridicisation des dynamiques socio-territoriales perçues comme des nuisances ?
(2) Comment analyser les recompositions de la territorialité du droit aujourd’hui mise à l’épreuve par des processus d’internationalisation, d’hybridation et des tendances au pluralisme juridique ?
(3) Quelles évolutions dans les formes de régulations localisées adaptées à des projets, à la gestion de ressources ou aux expérimentations construites en termes de « communs » ?

3 – Transitions localisées et dynamiques territoriales

Ce sous-axe a pour objectif d’interroger les effets territoriaux des actions individuelles, des actions collectives, des actions publiques qui s’inscrivent au sein de dynamiques de transitions socio-territoriales. Sous des formes plus ou moins volontaristes la transition est devenue un horizon d’action dans le cadre de projets d’émancipation et de renforcement du pouvoir d’agir ou de la nécessaire prise en compte des enjeux écologiques, énergétiques, environnementaux et/ou sociaux. Les formes d’engagement localisées autour d’expérimentations de modes d’habitat, d’échanges, de travail et de mobilité semblent se multiplier ainsi que les injonctions des politiques publiques qui promeuvent des changements de pratiques et valorisent l’engagement et l’expérimentation collective. Par ailleurs, les évolutions des dispositifs socio-techniques semblent promettre l’avènement de nouvelles formes de réflexivité individuelle, collective et sociétale. Ce sous-axe s’appuiera en particulier sur les travaux sur la capacité des innovations sociales localisées à transformer les dynamiques territoriales.

Plusieurs niveaux d’interrogations pourront être développés :
(1) Quid de la prise en compte par l’action publique des innovations et expérimentations sociales ?
(2) Comment caractériser les formes d’inscription spatiale et les échelles des innovations : lieux isolés, réseaux, combinaisons multi-niveaux ?
(3) Comment analyser les processus de percolation des valeurs et principes des acteurs des innovations sociales envers la population locale et les institutions, le changement de modes de vie et de normes ?