Information territoriale locale
Responsables : Malika Madelin et Marianne Guérois
Le contenu du thème et son intérêt scientifique
Construire un système d’information géographique pour l’étude des données locales et micro-locales permet de prendre en compte l’explosion récente des informations issues de nombreuses technologies telles que la télédétection, le GPS, les systèmes de capteurs automatique de pollution, les archives informatisées de services publics, etc. Au-delà des données statiques de localisation, on assiste également au développement de mesures de flux ou de déplacement à l’échelle micro-locale, par exemple à travers les modèles d’évolution temporelle de la pollution au cours d’une journée, les îlots de chaleur induits par la présence ou l’absence de brise, les mobilités déduites des déplacements entre des stations (ex. Velib). Articuler cette information extrêmement riche mais complexe soulève des problèmes à la fois théoriques, méthodologiques et empiriques ce qui en fait un axe d’intérêt majeur pour le GIS-CIST, au même titre que l’axe inverse d’analyse de l’information géographique globale.
L’apport théorique pour les sciences du territoire
La définition de données « locales » ou « micro-locales » n’est pas un simple problème géométrique d’échelle mais un problème conceptuel dans la mesure où ce qui est en jeu est la recherche des niveaux atomiques pertinents d’analyse de systèmes complexe. Toute collecte de donnée « locale » doit nécessairement être conceptualisée de façon précise en distinguant bien ce qui relève de contraintes techniques (e.g. la précision d’un capteur, la résolution spatiale d’une image satellite, la fréquence d’un relevé GPS) et ce qui relève de choix scientifiques et de démarches formelles visant à tester certaines hypothèses. Plusieurs pistes de recherche théoriques doivent être croisées, parmi lesquelles on peut citer
- Les problèmes de formalisation de l’espace et du territoire, qui sont abordés aussi bien par les géographes que les mathématiciens, les informaticiens, les sociologues, les physiciens … avec en ligne de mire la question centrale de la granularité élémentaire qui sera utilisée pour décrire les formes et les dynamiques locales. Il n’est pas toujours évident que la résolution la plus précise se révèle la plus utile en pratique. Il n’est pas non plus certain que les modèles continus soient les plus adaptés à la représentation des dynamiques locales, des alternatives pouvant être proposés sous forme de maillages, pavages, réseaux, grilles, etc.
- Le problème du couplage des données statiques et dynamiques se pose également d’abord d’un point de vue théorique et renvoie directement aux problématiques de l’analyse des systèmes complexes. L’échelon local a ceci de particulier qu’il permet en principe de saisir directement l’existence d’acteur ou d’agent qui agissent en fonction de règles ou de choix qui ont des conséquences non forcément voulues au niveau global. Un bon exemple est fourni par le modèle de Schelling qui décrit comment une très légère préférence des individus pour l’homogamie résidentielle entraîne l’apparition au niveau de la ville de très forts niveaux de ségrégation socio-spatiale. Dans le domaine des phénomènes environnementaux, la modélisation micro-locale apporte également des enseignements majeurs à la compréhension des phénomènes émergents aux niveaux supérieur, qu’il s’agisse de décrire l’impact de la canicule de 2005 à Paris, de modéliser l’écoulement d’une crue ou l’impact des promeneurs sur un espace naturel.
- Le problèmes du couplage des données objectives et subjectives se pose enfin avec une acuité particulière à cet échelon local où il est plus facile de procéder à des enquêtes pour décrire les comportements et rendre compte des actions menées. Ainsi, les pratiques de déplacement à l’intérieur de l’espace public (rue, quartier, …) peuvent faire l’objet de relevés objectif (carnet de déplacement, GPS, …) avant d’être confrontées à des questionnaires plus qualitatifs (y compris anthropologiques) sur les cartes mentales, les discours, etc. On rejoint ici des problématiques développées dans d’autres axes et thèmes du GIS.
Lien avec la demande sociale
- une demande croissante des citoyens, des acteurs institutionnels et des entreprises
- des enjeux juridiques avec la contradiction entre protection des libertés individuelles (confidentialité…) et droit d’accès à l’information (caractère privé des données, mouvement sur l’« Open Data » pour l’accès libre aux données publiques)
- valorisation économique : coopérations possibles avec les sociétés exploitant les technologies GPS (téléphonie mobile, logistique…), les capteurs au sol (pollution) ou l’imagerie satellitaire
- coopération avec les médias dans le cadre de l’émergence du journalisme de données (Database journalism : données criminelles micro locales dans les grandes villes des Etats-Unis…), et de l’essor des recueils de données participatifs (crowd sourcing).
Dimension « outils de l’IT »
- intérêt de recouper, à cette échelle locale, des données de nature différente (santé / densité, niveaux de richesse…), rendu possible par l’intégration numérique de ces diverses données
- intérêt de constituer un modèle reproductible à partir de cas pris en Ile-de-France notamment ; de construire des supports communs de stockage et de représentation des données
- intérêt de diffuser dans le Gis des techniques génériques (lissage par exemple) afin de brouiller une information micro locale ou individualisée que l’on veut garder confidentielle.
actualités
Le colloque fondateur du GIS CIST a eu lieu les 23, 24 et 25 novembre 2011 à Paris. Ce colloque international avait pour ambition de fonder le champ interdisciplinaire des sciences du territoire en France, en l’inscrivant dans les réseaux de recherche existant à l’étranger.
Le recueil des communications est disponible en ligne.
Conformément à la décision du Comité de direction du GIS, le CIST renouvelle au printemps 2012 son Conseil Scientifique après deux ans d'activité.
Le GIS-CIST a remporté l’appel à projet sur les Régions Voisines de l’Europe dans le cadre du programme ESPON-ORATE 2013. ITAN est l’acronyme de Integrated Territorial Analysis of the Neighbourhood ou Analyse Territoriale Intégrée du Voisinage.
Appel à communications pour la Journée Jeunes Chercheurs prévue à Lyon le 22 novembre 2012 et organisée par le réseau Recherche Habitat-Logement (REHAL).