logo


1. Pourquoi Sidi Bouzid ?

Nous savons depuis Hegel et Marx que la vieille taupe de l’histoire creuse de longues années ses tunnels souterrains avant de surgir au jour à la surprise générale. La révolution tunisienne n’échappe pas à la règle, car enfin qui aurait pu prévoir que le point de départ des événements qui allaient emporter la dictature de Ben Ali partirait de l’une des régions les plus isolées et les moins développées du pays, Sidi Bouzid ?

On aurait pu parier sur Tunis, capitale politique macrocéphale. Ou bien sur Sfax, la grande cité commerçante et intellectuelle du Sud. On aurait également pu parier sur le bastion ouvrier et syndical de Gafsa, ou la vieille  taupe de l’histoire avait  commencé à gratter le sol en 2008… Mais précisément parce que tous ces points de départ potentiels de la révolution tunisienne étaient prévisibles, ils étaient placés sous haute surveillance par le gouvernement Ben Ali qui y réprimait immédiatement toute ébauche de rébellion. Il fallait donc que ce soit Sidi Bouzid.

Hegel nous apprend que l’on découvre toujours après coup que des événements historiques majeurs avaient été précédés d’avertissements, mais personne ne savait les reconnaître et ce n’est qu’une fois passé l’événement qu’on en reconstitue la logique.

Ali Bennasr (Équipe SYFACTE – Sfax) et Claude Grasland (CIST)

Méthodologie de réalisation de la carte géomédiatique

L’originalité de la carte est la combinaison des plusieurs couches de données afférant à des disciplines différentes. Sur la carte géographique de la Tunisie, nous avons affiché la dynamique de la révolte : d’où elle est partie et comment elle s’est propagée dans le reste du pays. Cette couche d’informations politiques a été reconstruite de manière rigoureuse grâce à l’analyse de toutes les dépêches de l’AFP concernant la Tunisie entre le 14 décembre 2010 et le 14 janvier 2011 (un total de 401 dépêches). En se basant sur la manière dont sont mentionnées les différentes villes dans les dépêches, il a été possible d’identifier trois phases principales de la révolte et les périodes marquantes pour plusieurs centres urbains. En outre, la visualisation des mouvements politiques est intégrée par des données démographiques, notamment la population des villes et le niveau de sous-développement.

Grâce à l’interaction entre données géographiques, démographiques et politiques, cette carte n’est pas un simple support visuel au commentaire lecteur, elle est aussi un outil analytique qui facilite la compréhension du phénomène. Enfin, l’emploi innovant des données médiatiques, à travers des analyses quali-quantitatives, permet de représenter des phénomènes d’actualités de manière complète et documentée.

Carte réalisée par Timothée Giraud (CIST)