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La dépendance énergétique de l’UE était de 44 % en 1995, elle atteindra 65 % en 2025 et même 80 % pour le gaz. La production nucléaire (France surtout) et le pétrole de la mer du Nord (qui s’épuise) suffisent de moins en moins. Les pays membres de l’UE se sont mis d’accord en 2008 pour atteindre 20 % d’énergie renouvelables dans leur consommation énergétique d’ici 2020 (nous en sommes à 11 % en 2012), pour réduire de 20 % les émissions de CO2 et augmenter de 20 % l’efficacité énergétique. En 2014, l’objectif 2030 pour les renouvelables a été placé à 27 %. Le chemin pour y parvenir est incertain car la Commission ne dit pas en quoi ces objectifs sont contraignants. En réalité, les pays membres ne s’entendent ni sur la transition énergétique (le recul du nucléaire en Allemagne s’accompagne paradoxalement d’un essor rapide du charbon), ni sur les gaz de schiste, ni sur une stratégie commune d’importation notamment vis-à-vis de la Russie. Or sans politique commune de l’énergie, les pays de l’UE peuvent-ils avoir une stratégie vis-à-vis de la Russie dans quelque domaine que ce soit ?

Carte 1. Balance commerciale dans l’énergie : Europe déficitaire, voisins excédentaires

Outre la Norvège, les fournisseurs d’énergie de l’UE sont quasi exclusivement les pays de ses voisinages (au sens large, péninsule arabe comprise). La Russie vient en premier. Sans même tenir compte du potentiel arctique, elle détient le tiers des réserves mondiales de gaz, 12 % de celles de pétrole et 10 % de celles de charbon. Elle procure le tiers des hydrocarbures importés par l’Europe et un quart de son charbon. La position commerciale russe est forte en Finlande, en Europe centrale, en Allemagne et en Grèce. Elle l’est surtout dans les États Baltes où la quasi-totalité du gaz naturel et du pétrole viennent de Russie et où les entreprises russes possèdent le tiers des firmes énergétiques locales. Les deuxièmes fournisseurs sont les voisins méditerranéens qui procurent le tiers du gaz et un quart du pétrole importés par l’UE, sans compter le rôle clé de la Turquie pour le transit des hydrocarbures du Moyen-Orient. Tous ces pays sont dépendants des ventes à l’Europe. C’est une base pour une coopération stratégique entre l’Europe et ses voisins afin de sécuriser ces échanges – tant pour les pays vendeurs que pour les pays acheteurs – de partager la valeur, de transférer le savoir-faire et mener ensemble la transition énergétique.
L’énergie, notamment la fourniture de gaz par gazoduc, inscrit les partenariats sur le long terme. C’est la raison pour laquelle le rapprochement récent de la Russie du marché chinois (projet de gazoduc Force de Sibérie), et la volonté de l’Algérie de liquéfier davantage son gaz afin de le vendre sur le marché mondial, pourraient avoir des incidences structurantes.

Carte 2. L’énergie importée en Europe vient quasi exclusivement de la région (Europe+voisinages)

Quatre enseignements peuvent être tirés de la carte des réseaux énergétiques. Le premier est la très forte densité des réseaux internes à l’UE, ce qui veut dire que les bases d’une politique énergétique commune existent. Le second est l’importance des réseaux venus de Russie et l’essor de ceux qui viennent du voisinage méditerranéen, ce qui contribue à dessiner une grande région commune. Mais les obstacles ne sont pas minces : l’UE essaie de desserrer l’étau russe grâce au pipeline Bakou-Tbilisi-Ceyhan et au projet de gazoduc Nabucco par la Turquie – qui n’est cependant pas parvenu à résister au projet russe South Stream sous la Mer Noire, et a été remplacé par un projet moins ambitieux dit TAP-TANAP. De son côté, la Russie veut contourner le transit ukrainien, et a lancé son gazoduc North Stream sous la Baltique pour approvisionner l’Allemagne directement, court-circuitant les États Baltes. Le troisième enseignement est la présence d’usines de gaz liquéfié en Afrique du Nord, l’UE réduisant le terme des accords gaziers par gazoduc au profit d’une approche d’achats au jour le jour (gaz liquéfié). Le dernier enseignement est le potentiel solaire de l’Afrique du Nord pour la transition énergétique européenne, mais à condition de développer les liaisons transméditerranéennes.

Carte 3. Réseaux : une région en voie d’intégration malgré des stratégies nationales disparates

L’Europe a déjà engagé sa transition vers une énergie moins carbonée. Mais la route sera longue. D’une part, parce que les pays membres de l’UE y vont en ordre dispersé – voir sur la carte 4 le cas de la Pologne charbonnière. D’autre part, parce que la question nucléaire (énergie non carbonnée mais à risque) est difficile à trancher. Troisièmement parce que l’irruption des gaz de schiste pourrait compliquer l’alternative renouvelable d’une ou deux décennies. Enfin parce que la carte montre que l’effort doit surtout se porter sur le voisinage euopéen : pour réduire les émission de CO2, il vaut mieux, de beaucoup, coopérer avec ces voisins pour qu’ils développent une économie d’emblée propre et œuvrent ensemble à une meilleure efficacité énergétique, plutôt que de se restreindre à une approche strictement européenne.

Carte 4. Transition énergétique : part des énergies fossiles dans la consommation énergétique, 2011

Si l’on veut de l’énergie solaire, il faut aller la développer là où se trouvent ses meilleurs gisements c’est-à-dire en Méditerranée. Mais quel que soit le scénario, l’Observatoire Méditerranéen de l’Énergie indique qu’en 2030 les sources d’énergie carbonnée – hydrocarbures et charbon – représenteront encore les trois-quarts de l’énergie consommée par nos voisins méditerranéens et les deux-tiers de l’énergie consommée par les pays méditerranéens de l’UE, France comprise. Il faut donc beaucoup de volonté commune pour promouvoir le solaire, financer la recherche dans ce domaine, monter une filière technologique et industrielle commune et construire des lignes électriques transméditerranéennes dont la région a de toute façon grand besoin. Le veut-on ?

Carte 5. La production d’énergie solaire, 2010-2030